Il existe deux façons de raconter ce navire, et elles sont vraies toutes les deux. La première dit qu'on y est reçu comme nulle part ailleurs, que l'équipage vous reconnaît au troisième soir. La seconde dit qu'on y dort dans une cabine en retard d'une génération, et personne ne prétend le contraire.
Les deux phrases décrivent le même bateau. Tout tient dans une seule question, et nous n'y répondrons pas à votre place : est-ce que le non-rénové vous dérange ?
Ce que le temps a sauté
Entre 2018 et 2023, Celebrity a repris sa flotte en profondeur avec un programme baptisé Revolution : cabines, salles de bain, espaces publics. L'Equinox l'a reçu en 2019, le Celebrity Silhouette en février 2020. L'Eclipse devait suivre le 1ᵉʳ avril 2020 — puis la date a glissé en octobre, puis en mars 2021, puis elle a disparu. Le navire n'a reçu qu'une nouvelle livrée en 2021, le blanc historique de Celebrity virant au bleu foncé. Une coque. À l'intérieur, rien.
Il a fallu attendre avril 2025 et trois semaines au chantier Damen de Brest pour une remise à niveau réelle mais légère : dix cabines intérieures créées sur les ponts 6, 9 et 12, un Retreat Lounge au pont 5, un Retreat Solarium au pont 16, tapis, mobilier et tissus neufs. Retour en service le 27 avril. Ce que Brest n'a pas touché se voit encore : salles de bain, téléviseurs, éclairage des cabines.
Un mois plus tard, Celebrity annonçait un programme distinct pour moderniser toute la série Solstice. Le Solstice y est passé le premier ; l'Eclipse est attendu en 2027 ou après — aucune date n'est annoncée à ce jour.
Un dernier élément colore tout le reste : ce n'est pas un navire de rotation courte. Alaska, Hawaï, Australie, Patagonie, Antarctique, transatlantiques dans les deux sens — on n'y monte pas pour trois nuits, et ça change la clientèle autant que le rythme.
Le pont 15
Tout en haut, au milieu du navire, il y a de l'herbe. Du vrai gazon, tondu, entretenu comme un terrain de boulingrin, sur lequel on s'assoit, on marche pieds nus, on joue à la pétanque. C'est le Lawn Club, signature visuelle de la classe Solstice ; le soir, un écran de cinéma s'y allume.
Juste à côté, une structure vitrée abrite un four et quelques artisans : le Hot Glass Class, atelier de soufflage de verre en pleine mer, gradins compris. On s'y arrête cinq minutes en passant, et on y reste quarante.
La cabine
C'est ici que le navire montre son âge, et il ne s'en cache pas. Tissus, mobilier et moquette ont été renouvelés à Brest, ça se sent au premier regard. Mais l'ossature est celle de 2010 : téléviseurs d'une autre décennie, éclairage faible pour se préparer, et une marche de huit à dix centimètres au seuil de la salle de bain qu'on finit toujours par accrocher une fois. La douche, elle, ne souffre d'aucun reproche : porte bombée coulissante, pas de rideau qui colle.
Le vrai sujet quotidien, c'est le rangement. Cinq tiroirs à la commode : très bien sur sept nuits, étroit sur une traversée. Il existe pourtant une réserve que beaucoup ne trouvent jamais — au-dessus du lit, des deux côtés, des coffres fermés qui s'ouvrent. Des habitués de la classe Solstice racontent ne les avoir découverts qu'après plusieurs croisières.
Un mot sur l'AquaClass
L'AquaClass est la catégorie spa du navire, et la plus discutée au moment de réserver.
Cinq heures vingt de l'après-midi
Il est 17 h 20. Vous êtes tout à l'arrière du pont 15, au Sunset Bar. On y arrive de deux façons : en traversant le gazon du Lawn Club depuis les ascenseurs du pont 15, ou par l'escalier qui monte de la terrasse de l'Ocean View Bar, un pont plus bas. Dans les deux cas, il faut vouloir y aller.
Devant vous, il n'y a rien. Pas de piscine, pas d'écran, rien qui demande votre attention. Le sillage s'ouvre en éventail sur toute la largeur de la poupe et se referme lentement dans le bleu. Le vent est tiède et régulier, il sent le sel chaud.
À cette heure-ci, le bar a du monde : deux ou trois personnes attendent devant le comptoir, et l'attente dure ce qu'elle dure. Personne ne s'impatiente vraiment. Autour, la poupe est occupée par ceux qui l'ont adoptée — les bons fauteuils, de part et d'autre du gazon, sont pris depuis longtemps, une partie de cartes traîne sur une table, et plusieurs ne font rien du tout. Un duo joue en sourdine, sans forcer.
À la table voisine, quelqu'un a posé son livre à plat et ne le reprend plus. C'est l'un des endroits les plus fréquentés du navire, et pourtant on y parle bas. Sur une longue série de jours de mer, vous y viendrez à des heures différentes et vous le trouverez tour à tour bondé et désert.
C'est l'heure où le navire cesse d'être un hôtel et redevient un bateau.
À table
Le Moonlight Sonata, la salle à manger principale, occupe deux niveaux reliés par un escalier, avec au centre une cave à vin vitrée qui monte du sol au plafond et sert de repère à toute la salle. Service attribué ou horaire libre, au choix ; le rythme y est étonnamment calme pour un navire de cette taille.
Le buffet Oceanview, lui, divise franchement. Organisé en îlots, avec soirées à thème, étiquetage systématique des régimes et pizzas faites à la commande, il enthousiasme les uns et laisse les autres indifférents — seul le service au bar du buffet fait l'unanimité. Même partage au Tuscan Grille, la table italienne payante, où seuls les pâtes fraîches maison et les pains plats mettent tout le monde d'accord.
Bars et salons
Le Café al Bacio, au cœur du navire, s'adopte sans qu'on l'ait décidé : service à table, viennoiseries et petites bouchées incluses, et un défilé constant qui en fait le meilleur poste d'observation intérieur du bord. Le casino Fortunes, lui, est entièrement non-fumeur — argument que les habitués de Celebrity citent avant tous les autres. Il n'ouvre qu'en mer, et l'un de ses côtés donne sur la galerie marchande, ce qui lui épargne l'effet de caisson des casinos aveugles. Son bar, avec ses écrans de sport, est l'un des endroits les plus calmes du navire en fin de soirée — plusieurs habitués y vont précisément pour ça.
Dans les couloirs, de vraies notices commentent la collection d'art — pas des étiquettes, des textes. Dans l'atrium, entre les ponts 4 et 8, un arbre vivant est suspendu dans le vide. Et détail qui vaut de l'or les premiers jours : la signalétique des ponts est toujours orientée dans le sens réel du navire.
Le navire dehors
Le pont piscine est classique et très fréquenté ; le Solarium, couvert de verre et réservé aux adultes, est le refuge des jours de vent, et le terrain de sport occupe les plus actifs. À l'avant du pont 12, en revanche, une terrasse que la plupart des passagers ne verront jamais : la Spa Veranda. On y accède en traversant le centre de conditionnement physique, ce qui suffit à la vider, et plusieurs habitués la citent comme le meilleur poste d'observation du bord à l'appareillage. Le Celebrity Edge pousse la même logique bien plus loin, en privatisant toute la proue.
Dans le Solarium encore, le Spa Café sert de petites portions saines, presque sans jamais de file — à condition d'y aller avant la fermeture, nette et sans rappel. Un mot sur les chaises longues : aucune tension en transatlantique ni en Alaska, mais une vraie course à la place aux Caraïbes, les jours de mer ensoleillés.
Ce qui occupe les journées
Le théâtre s'étage sur trois ponts et se révèle sensiblement plus grand que celui du Celebrity Beyond, pourtant bien plus récent et bien plus peuplé. On y entre sans se battre, et les tabourets du fond, sur les deux niveaux, sauvent les retardataires.
La programmation fait débat : répétitive sur sept nuits selon un passager, jamais deux fois la même sur douze selon un autre — tout dépend de la durée de la croisière et du moment du contrat de la troupe. Le reproche récurrent, lui, est partout le même : les revues sont musicalement datées.
Les journées de mer sont structurées — conférences, ateliers, présentations de destination, et sur les itinéraires nature un naturaliste embarqué. Une programmation de longue distance, pensée pour des gens qui ont du temps. Le Wi-Fi partage les avis : décevant pour les uns, correct pour les autres.
Le service
C'est le point sur lequel les témoignages ne varient pas. Des passagers qui n'ont rien en commun, des itinéraires opposés, quatorze ans de récits — et la même observation qui revient : on vous reconnaît. Le serveur du dîner sait ce que vous buvez au troisième soir. Le personnel de cabine anticipe. Ce n'est pas une politesse de façade, c'est une constance — et sur une traversée, elle pèse plus lourd qu'un port USB.
« Choisir l'Eclipse, c'est accepter de savoir d'avance ce qui ne vous plaira pas — et de partir quand même. »
Selvague
Décembre 2025
Lors d'une croisière de huit nuits partie de Port Everglades le 20 décembre 2025, 95 passagers sur 3 042 et 9 membres d'équipage sur 1 235 ont déclaré des symptômes gastro-intestinaux. Le seuil de signalement obligatoire, atteint à 3,1 %, a déclenché la procédure habituelle : isolement des cas, renforcement du nettoyage, suivi à distance sans inspection à bord. L'agent responsable n'a jamais été identifié — le norovirus n'a pas été confirmé. La croisière s'est déroulée intégralement, le navire est reparti sans retard, et c'était la première épidémie signalée pour Celebrity cette année-là.
Notre lecture — une opinion, pas un fait établi : la grande majorité des gastro-entérites survient à terre, où personne ne les compte. Un navire, lui, compte tout et déclare tout. Cet effet de loupe fait paraître les bateaux plus dangereux qu'ils ne le sont, ce qui ne rend pas l'épisode plus agréable pour ceux qui l'ont vécu.
Trois choses à savoir avant d'embarquer
Les prises électriques
Aucun port USB dans aucune catégorie de cabine, et aucune prise près du lit — constant depuis des années, la cale sèche de 2025 n'y a rien changé. Apportez une multiprise de voyage sans parasurtenseur ni rallonge (les modèles à protection intégrée sont retirés à l'embarquement) et un adaptateur européen.
Le sèche-cheveux fourni est lui-même à fiche européenne.
À réserver avant d'embarquer
L'atelier participatif du Hot Glass Class se réserve avant l'embarquement — les places partent. Le studio de verre soufflé ne survit que sur deux navires au monde, l'Equinox et l'Eclipse.
Le programme de modernisation de la classe Solstice supprime le studio partout où il passe — aucune date de chantier n'est annoncée pour l'Eclipse à ce jour.
Quelques réserves honnêtes
Téléviseurs d'une autre décennie, éclairage faible pour se préparer, une marche de huit à dix centimètres au seuil de la salle de bain. Le rangement — cinq tiroirs à la commode — est étroit sur une longue traversée.
Une réserve existe pourtant au-dessus du lit, des deux côtés : des coffres fermés que beaucoup ne découvrent qu'après plusieurs croisières.
Ce navire et vous
Le service, la longueur du voyage, le verre soufflé — dans cet ordre.
- Vous voyagez en couple ou seul
- Vous cherchez un service qui vous reconnaît au troisième soir
- Vous partez longtemps — traversées, itinéraires lointains, longues séries de jours de mer
- Vous tenez à un casino sans fumée
- Vous voulez voir du verre soufflé en direct pendant qu'il en reste
Vous jugez une cabine à ses prises électriques.
- Vous voyagez avec des adolescents
- Vous partez en transatlantique avec de jeunes enfants : très peu d'enfants à bord, en toute saison
- Vous attendez d'une cabine, en 2026, des ports USB
- Vous cherchez toboggans, mur d'escalade ou FlowRider : il n'y en a pas
- Vous voulez un navire neuf
Les deux faces d'une même rose des vents.
Celebrity Eclipse
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Espaces & design 4,0/ 5
Volumes généreux du pont 2 au pont 16 ; Lawn Club, Solarium et atrium sans équivalent. L'esthétique reste celle de 2010.
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Cabines & confort 3,2/ 5
Rangement insuffisant sur une longue croisière, équipement en retard d'une génération, salle de bain identique d'une catégorie à l'autre hors suites. La note la plus basse publiée par Selvague à ce jour, et elle est méritée.
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Gastronomie 4,0/ 5
Salle principale solide et souple, service qui accepte de sortir de la carte. Buffet et Tuscan Grille divisent trop pour prétendre à mieux.
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Service 4,7/ 5
Le point le plus fort du navire, et de loin : quatorze ans de témoignages n'ont pas pris cet équipage en défaut.
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Entretien 3,6/ 5
Le navire est propre, tous les témoignages le disent. En cause, l'usure des matières — moquettes, canapés, tissus — que la cale sèche de 2025 a atténuée sans la résoudre.
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Vie à bord 4,2/ 5
Théâtre généreux, programmation dense pensée pour les jours de mer, conférences réelles. Les revues, musicalement, ont vieilli.
Alors : est-ce que le non-rénové vous dérange ? Si la réponse est oui, elle est légitime, et Celebrity a des navires plus récents qui vous donneront ce que vous cherchez. Si elle est non, l'Eclipse offre ce que le neuf ne garantit jamais : un équipage qui tient la distance, un pont arrière ouvert sur le sillage, et un atelier de verre qui ne sera plus là très longtemps. Les deux réponses sont bonnes. Celle-là vous appartient.
Informations fournies à titre indicatif, vérifiées à la date de publication. Installations et programmes peuvent changer sans préavis.