On voit la mer depuis presque partout sur le Navigator of the Seas. Depuis le steakhouse. Depuis le restaurant japonais. Depuis un salon panoramique au sommet. Depuis des toilettes publiques du pont 11 dont la vue surprend tous ceux qui y entrent par hasard.

Les navires qui lui ont succédé sont plus grands et mieux équipés, mais ils ont acheté cet espace en refermant leurs quartiers sur eux-mêmes. Celui-ci regarde encore dehors, et on s'en aperçoit bien avant de penser à son âge.

Il est aussi à taille humaine, et c'est ce que ses habitués mettent en avant avant tout le reste : on sait où sont les choses après un jour ou deux, on recroise les mêmes visages, on n'a jamais l'impression de traverser un centre commercial. C'est un argument, et il pèse autant que la liste des installations.

Ce que le chantier de 2019 a déplacé

Le centre de conditionnement physique occupait la proue du pont 11, juste au-dessus de la passerelle de navigation — la plus belle situation du navire, réservée aux tapis roulants. Lors de l'amplification de 2019, la compagnie a fait le calcul inverse : elle a relégué le gymnase vers l'arrière du pont 12 et construit des cabines à sa place. Le communiqué de l'époque annonçait les premières cabines orientées vers l'avant de la marque.

Tous les navires de la classe n'y ont pas eu droit. Celui-ci et le Mariner of the Seas ont été amplifiés ; l'Adventure of the Seas ne l'a jamais été. C'est la ligne de partage à garder en tête pour tout ce qui suit : sur le papier, ces navires sont des jumeaux ; dans le détail, ils ont cessé de l'être.

C'est une opération dont on mesure encore les effets aujourd'hui, dans un sens comme dans l'autre. Et elle a laissé, tout en haut de la proue, une anomalie que les plans de pont trahissent si l'on sait où regarder.

Les cabines

Le navire porte son âge à un seul endroit, et c'est celui-là. Les espaces publics résistent à l'inspection, y compris à celle des gens qui montent à bord avec l'intention de les prendre en défaut : bars, salons, restaurants, ponts extérieurs, tout cela est tenu. Les cabines, elles, ont reçu une moquette neuve et les réparations nécessaires, mais le mobilier, le meuble-vanité et la salle de bain sont ceux d'origine. La raison est simple et rarement expliquée. Un navire de cet âge retourne régulièrement en cale sèche, et la fréquence ne dépend ni de la compagnie ni de l'état du navire : elle dépend des règles du pavillon sous lequel il est immatriculé, qui se resserrent à mesure qu'il vieillit. Mais ce sont des visites réglementaires : coque, machines, propulsion. Refaire les cabines n'en est pas l'objet.

Cela dit, ces cabines ont un avantage que ses navires-sœurs n'ont pas, et celui-là ne doit rien au chantier de 2019 : il tient à la façon dont la coque a été dessinée au départ.

Sur ses navires-sœurs, le balcon est creusé dans le flanc. Pour le créer, on a reculé le mur de la cabine vers l'intérieur : le balcon a gagné exactement ce que la cabine a perdu. Ici, ce mur n'a pas été reculé. Le balcon est posé en dehors, contre la paroi extérieure, et il dépasse du flanc du navire.

La cabine garde donc toute sa longueur, et cela se sent. À catégorie égale, elle est plus profonde que sur des navires bien plus récents et bien plus grands.

Et la coque ne décide pas seulement de la profondeur des cabines. Elle décide aussi, d'un bout à l'autre du navire, de leur largeur — et cela ne se lit sur aucune fiche de réservation.

Trois réserves, maintenant, et elles comptent.

Le matelas est dur. Pas ferme au sens où un hôtel choisit le ferme — dur. L'exception est instructive : dans les suites, il est nettement plus souple, ce qui indique un choix de catégorie plutôt qu'un standard de compagnie. On peut demander un surmatelas, et c'est la meilleure chose à faire, mais rien de tout cela n'est écrit nulle part. Ce n'est pas dans l'application. Le téléphone de la blanchisserie ne répond pas, parce qu'elle est débordée. Il faut descendre au comptoir du service à la clientèle et le demander de vive voix — et il faut le faire en arrivant, avant le service du soir, parce qu'après il n'en reste plus. Le surmatelas améliore les choses sans les régler, ce qu'il vaut mieux savoir avant de compter dessus.

La plomberie est capricieuse, et pas sur un pont en particulier : c'est une réserve de navire. Une toilette qui ne se rince pas à tous les coups, un pommeau qui crachote. Rien de grave, rien de permanent, mais assez régulier pour figurer ici plutôt que dans les petits caractères.

Le troisième point n'a pas de solution, et il ne concerne que les cabines intérieures et les vues mer standard. Le canapé y est plus long que la portion de cloison contre laquelle il devrait être plaqué. Il dépasse donc dans un passage déjà étroit, et le déplacer ne sert à rien : il n'y a nulle part où le mettre. Concrètement, deux personnes ne se croisent pas au pied du lit, et celui qui dort côté cloison enjambe le matelas pour aller à la salle de bain la nuit. Le seul geste utile est de faire séparer les lits dès le premier soir. On perd le grand lit, on gagne un couloir — et sur sept nuits, le couloir vaut mieux.

Une dernière chose, et elle ne vaut que pour une partie du navire. Les cabines nées du chantier de 2019 n'ont pas tout à fait le même équipement que les autres, et la différence porte sur un point que presque personne ne pense à vérifier.

À table

Les avis sur la table de ce navire semblent inconciliables. Le même restaurant est encensé et démoli, souvent la même semaine, par des gens qui ont commandé la même chose. Ce n'est pas une question de cuisine. C'est une question de température.

Tout ce qui attend arrive tiède, et cela touche presque toutes les tables du bord. Le buffet, où les œufs brouillés, le bacon et les pommes de terre rôties sortent à peine chauds. La salle à manger principale, où un filet mignon peut rester posé sur son plateau le temps qu'on vienne le chercher. Le restaurant de fruits de mer, qui a servi une chaudrée froide et une queue de homard froide au même couple, le même soir. Le comptoir de burgers. Le pain, à peu près partout. Et jusqu'au comptoir mexicain, dont les tortillas arrivent froides.

Tout ce qui est cuisiné devant vous est chaud. Les omelettes du matin, faites à la commande avec un avertisseur qu'on vous remet. La station de sauté du buffet, où vous composez votre bol et attendez deux minutes. Le bar sportif de la promenade, seul comptoir du navire à cuisiner à la pièce et à la demande — et seul endroit que les mangeurs les plus difficiles placent au sommet de leur semaine.

Voilà tout ce qu'il y a à comprendre sur la restauration de ce navire, et ça se convertit en une seule habitude : cherchez la flamme. Là où quelque chose cuit sous vos yeux, vous mangerez bien. Là où quelque chose attend sous une lampe, vous mangerez tiède. Cela vaut pour le buffet à sept heures du matin, quand la salle est vide et que l'omelette prend trois minutes. Et cela vaut au dîner : le service le plus tôt garantit un plat chaud, pour exactement la même raison.

Un mot sur la salle à manger, d'ailleurs, parce que sa géographie n'est pas décorative. Elle occupe trois niveaux, et chaque étage correspond à un régime de dîner : le service libre au pont 3, les services à heure fixe aux ponts 4 et 5. Les serveurs restent sur un seul étage toute la semaine, ce qui explique pourquoi le même restaurant produit des expériences si différentes selon l'endroit où l'on vous a placé. Le soir de l'embarquement, en revanche, est atypique partout : files longues, réservations mal honorées, service lent. Les soirs suivants, la même salle à la même heure se traverse en deux minutes. Si vous devez sauter un dîner en salle, sautez celui-là.

Le reste se répartit sans surprise. Le restaurant japonais est le meilleur du bord, et il tient la comparaison avec ce qui se fait sur des navires plus récents. Le restaurant italien, lui, pratique une cuisine d'auteur que son enseigne ne laisse pas prévoir, et l'écart entre ce qu'on attend en poussant la porte et ce qu'on trouve dans l'assiette est la déception la plus régulière du navire. Les pâtes sont faites à bord et personne ne les conteste ; ce sont les sauces qui déroutent.

Quant au buffet, il a des soirées à thème, et les plus réussies sont celles qui s'inspirent des cuisines de l'équipage.

Bouger, jouer, grimper

S'il y a une chose que ce navire fait mieux que la moyenne, c'est occuper ses passagers, et l'accord là-dessus est unanime. Son spectacle sur glace, à Studio B, est régulièrement désigné comme le meilleur de la flotte. Il s'ouvre par un ballet de drones qui impressionne autant qu'il frustre : on voudrait les revoir pendant la performance, et ils ne reviennent pas. La patinoire est aussi ouverte au patin libre. Le mur d'escalade est installé sur la cheminée du navire, autour du symbole de la compagnie. Il y a un laser tag, un mini-golf ouvert à toute heure, un simulateur de surf, une salle d'évasion installée dans l'ancienne chapelle.

Deux avertissements pratiques, parce qu'ils se paient tous les deux en temps perdu. Aucun appareil photo n'est admis sur les toboggans, ni tenu à la main ni sanglé au corps : la règle n'est annoncée nulle part et elle s'applique en haut de l'escalier, après la file d'attente. Et plusieurs de ces installations imposent une tenue précise — pantalon long, chaussettes, chaussures fermées selon les cas. Le matériel est fourni, le vêtement ne l'est pas, et le refus se fait sur place. Cela se décide dans la valise, pas devant la porte.

Les bars, le spa, et ce qui cloche

Le Bamboo Room est le bar tiki de la Royal Promenade, et il a une propriété que personne n'explique jamais : il est acoustiquement coupé de l'artère principale, à quelques mètres d'elle. On quitte le tumulte, on tourne un coin, on peut se parler. C'est ce qui explique qu'un si beau lieu soit si souvent vide — depuis la promenade, on ne le voit pas et on ne l'entend pas. Il a sa propre carte de cocktails, qui change au fil des saisons, et ses petites assiettes. Il n'a pas de mélangeur, en revanche : si vous voulez quelque chose de glacé, il faut monter au pont piscine.

Le pub sert ses bières en canette et en bouteille, avec une ou deux pressions au mieux ; pour de la pression, il faut aller au bar sportif. Le salon panoramique du sommet est climatisé et ouvre 180 degrés de vue sur la mer.

Le spa est la zone la plus faible du navire, et il faut le dire franchement. Le gymnase, relégué à l'autre extrémité du pont 12 lors du chantier de 2019, est petit et fatigué, et la marche pour l'atteindre suffit à en décourager certains — il y a des passagers qui n'y sont jamais allés pour cette seule raison. Quant aux salles de soin, elles sont situées directement sous le parcours de mini-golf. On y entend les pas et les chaises qu'on traîne, et une heure de massage n'y résiste pas.

Le casino est petit, les tables saturées aux heures de pointe, et la fumée franchement présente. Il n'y a pas de section réellement préservée.

Restent les ascenseurs. Le navire en a deux batteries, et il a suffi qu'un appareil de l'une d'elles soit hors service pour que l'attente atteigne vingt minutes aux heures de pointe — assez pour qu'un passager finisse par prendre les escaliers sans même essayer. Ce n'est pas la règle, mais c'est arrivé, et cela change la nature d'un séjour quand la cabine est au pont 10 et la salle à manger au pont 3.

Un moment à bord

Vous montez au pont 7 sans savoir exactement pourquoi. Les ascenseurs arrière vous déposent dans une coursive tapissée d'affiches et de photographies de cinéma ancien, et vous prenez à gauche.

La salle donne sur le vide. Elle surplombe la Royal Promenade, et depuis la rambarde on voit la rue intérieure sur toute sa longueur, d'un bout à l'autre. Vous vous installez dans un des fauteuils de cuir.

De là, le navire se regarde travailler. Les boutiques ont sorti leurs tables, les bars débordent sur le passage, un orchestre s'installe quelque part vers l'avant. Une famille traverse en file indienne, le petit dernier à la traîne. Deux passagers se croisent, s'arrêtent, se parlent une minute, repartent chacun de son côté. Un groupe stationne devant une vitrine et bloque la moitié de la rue sans s'en apercevoir.

Derrière vous, la salle de cartes. Des tables, plus qu'il n'en faut, et une étagère de jeux de société en libre accès. Deux joueurs y sont installés depuis un moment et ne comptent pas bouger. Les livres, eux, sont surtout ceux que d'autres passagers ont laissés derrière eux. On ne monte pas ici pour lire.

Vous étiez venu vous asseoir cinq minutes. Vingt minutes plus tard, vous suivez encore des inconnus des yeux, et vous avez commencé à leur inventer des destinations.

« Sur ce navire, rien de ce qui vaut la peine ne s'annonce. Il faut savoir où regarder, et quoi demander. »

Selvague
Profil voyageur · Selvague

Ce navire et vous

Pour vous si
  • Vous voulez un navire assez grand pour qu'il s'y passe quelque chose, sans avoir l'impression de vivre dans une ville. C'est le premier argument de ses habitués, avant même la liste des installations.
  • Vous tenez à voir la mer depuis l'intérieur. Ce navire a des vues là où les récents ont mis des cloisons.
  • Vous acceptez d'ouvrir un plan de pont avant de réserver. Sur ce navire, la case que vous choisissez compte autant que la catégorie que vous payez.
  • Le divertissement compte pour vous plus que la gastronomie. C'est le rapport de force de ce navire, et il est net.
  • Vous acceptez de chercher un peu : lire un plan, soulever un volet, demander ce qui n'est écrit nulle part. La moitié de ce qu'il a de bon ne s'obtient pas autrement.
Peut-être pas si
  • Vous attendez d'une cabine qu'elle soit à l'état de l'art. Les espaces publics sont excellents, les cabines datent, et les cales sèches réglementaires n'ont jamais eu pour objet d'y changer quoi que ce soit.
  • La table est votre critère principal. Le défaut de température touche presque tout le bord, et le contourner demande de choisir ses comptoirs plutôt que ses plats.
  • Vous dormez mal sur un matelas dur et vous ne voyagez pas en suite.
  • Vous êtes très sensible à la fumée et vous vouliez fréquenter le casino.
  • Vous comptiez sur le spa et le gymnase. C'est la zone faible du navire, sans compensation possible.
  • Vous voyagez sur un format court et vous détestez arbitrer. Sur trois nuits, tout se chevauche.

Les deux faces d'une même rose des vents.

Score Selvague

Navigator of the Seas

  • Espaces & design 4,2/ 5

    Navire facile à s'orienter, tourné vers l'extérieur, solarium généreux, terrain de sport aux dimensions réglementaires. Deux réserves nettes : une promenade que les étals commerçants engorgent aux heures d'ouverture, et un ascenseur hors service dans l'une des deux batteries, qui a suffi à porter l'attente à vingt minutes aux heures de pointe.

  • Cabines & confort 3,7/ 5

    Faiblesses structurelles réelles, compensées par des points forts qui ne le sont pas moins. Contre : matelas dur hors suites, plomberie capricieuse, et dans les catégories les plus étroites un canapé qui bloque le passage sans solution possible. Pour : un volume habitable supérieur au reste de la classe, conséquence directe de balcons posés en dehors du flanc plutôt que creusés dedans. Les équipements sont ceux d'origine.

  • Gastronomie 3,4/ 5

    La température de service est le défaut structurant, et il touche presque toutes les tables du bord. Il a une exception nette — ce qui se cuisine devant vous — et cette exception est reproductible, ce qui sauve la note. Le restaurant japonais et les soirées thématiques du buffet tirent vers le haut ; la salle à manger principale et le restaurant italien retiennent.

  • Service 4,3/ 5

    Équipage chaleureux et visiblement attaché à ce navire précis. Service rapide au steakhouse, personnel du buffet qui dessert les tables et sert les boissons, ce qui ne va nulle part de soi. Réserves : un premier soir mal tenu en salle à manger, et une vente additionnelle insistante le jour de l'embarquement.

  • Entretien 3,8/ 5

    Verdict scindé, et honnête : espaces publics en excellent état, cabines qui trahissent l'âge du navire. La cause est connue et elle est structurelle — les cales sèches sont réglementaires et n'ont jamais visé les cabines. S'y ajoutent les incidents de plomberie et d'ascenseurs.

  • Vie à bord 4,3/ 5

    Le meilleur du navire. Spectacle sur glace placé au premier rang de la flotte, drones compris, programmation dense et délibérément répartie dans tout le navire pour désengorger le pont piscine, quantité d'activités incluses. Retenu par une salle de théâtre trop petite pour les grandes productions sous licence — contrainte de dimension, pas de qualité — et par un casino exigu et enfumé.

Les informations de cet article sont fournies à titre indicatif. Horaires, politiques, restaurants et programmation peuvent changer sans préavis — vérifiez toujours auprès de la compagnie avant votre départ.

Selvague — L'essentiel de la mer.