Monter à bord du Celebrity Infinity, c'est entrer dans un navire qui a été retouché plusieurs fois sans jamais être refait. Chaque chantier a laissé sa couche, et c'est cette superposition qui explique ce que vous trouverez en cabine comme au bar.
- 2001 — Livraison. L'Infinity est le deuxième navire de la classe Millennium.
- 2011 — Il reçoit des éléments de la classe Solstice : Café al Bacio, Martini Bar, Cellar Masters, Qsine, Blu et les cabines AquaClass, ainsi que de nouvelles cabines.
- Octobre 2015 — Le restaurant SS United States devient le Tuscan Grille, au pont 3. Le Rooftop Terrace apparaît à l'arrière du pont 12 ; les Penthouse et les Royal Suites sont rénovées.
- 2019 — Le Petit Chef remplace Qsine. Celebrity annonce pour l'Infinity la rénovation « Revolution », qui n'a jamais eu lieu.
- Janvier 2024 — Le Michael's Club devient le Retreat Lounge, Luminae s'agrandit, les Sunset Suites sont créées à l'arrière et les espaces publics sont refaits.
- 2025-2026 — Deux incidents techniques et une cale sèche de maintenance (voir plus bas).
Le navire que la Revolution a laissé de côté
En 2019, Celebrity lance « Revolution », un programme destiné à rapprocher ses navires plus anciens du Celebrity Edge : un Retreat avec sa propre terrasse privée, des cabines repensées, un spa et des restaurants refaits. Le Millennium et le Summit, deux sœurs de l'Infinity, y passent dès 2019. L'Infinity, lui, n'y est jamais passé. Il partage ce sort avec le Constellation, dont le chantier a été reporté par la pandémie.
Janvier 2024 a apporté un vrai coup de frais, mais ciblé : salons, ponts extérieurs, bains à remous, suites. Dans les cabines standard, rien n'a bougé au-delà de la moquette et de quelques textiles. Concrètement, il n'y a pas de Retreat Sundeck à bord — Celebrity l'indique elle-même —, les téléviseurs n'offrent pas de films à la demande et les cabines gardent leur habit d'origine.
Ce qui n'a pas été remplacé a aussi ses fidèles. Une promenade extérieure, des salons où l'on trouve toujours un siège, une vue droit devant qu'aucune catégorie ne réserve : l'Infinity garde la grammaire d'une croisière classique, que les navires récents de la compagnie ont en partie redistribuée entre les catégories de cabine.
Les cabines : de la place, pas de prises
Les cabines standard ont l'âge du navire, et ça se voit : bois orangé, stratifié, interrupteurs d'une autre époque, rideau de douche en balcon standard, une marche pour entrer dans la salle de bain. Aucun port USB. Le téléviseur n'affiche ni films à la demande ni relevé de compte. Les lits sont plutôt fermes — un surmatelas se demande —, et le réfrigérateur rafraîchit plus qu'il ne refroidit.
En échange, l'espace. Les rangements sont plus généreux que sur bien des navires récents, la place pour les valises aussi, et plusieurs vues mer se révèlent plus grandes qu'on ne l'attend. L'isolation entre cabines est bonne : une fois la porte fermée, on n'entend plus grand-chose.
Côté électricité, le bureau offre deux prises américaines et deux européennes. Au chevet, aucune prise, du moins hors suites. Laissez la multiprise à la maison : Celebrity interdit les rallonges et les modèles à parasurtenseur, et déconseille même les multiprises ordinaires. Un chargeur à plusieurs ports USB, branché au bureau, fait l'affaire.
Les ponts bas ont bonne presse. Aux ponts 2 et 3, on rejoint presque tout à pied par l'escalier, et les nuits y sont calmes.
À table
La salle principale, le Trellis, occupe l'arrière du navire sur deux niveaux, face à de grandes baies ouvertes sur le sillage. Le pont 4 fonctionne en service libre, le pont 5 à heures fixes, avec un premier service en début de soirée et un second vers 20 h 30. La carte garde ses classiques permanents — soupe à l'oignon, escargots, salade César, cocktail de crevettes — à côté des plats du soir.
La cuisine de la salle principale est l'un des points forts du navire. Deux réserves, pourtant : certains soirs, le dîner s'étire près de deux heures ; et sur les croisières de plus de dix nuits, la carte finit par se répéter.
Le buffet, l'Oceanview Café, au pont 10, est construit à l'ancienne : on en fait le tour, les comptoirs sont au centre. Il se rattrape avec ses postes à la minute — omelettes, œufs pochés, pâtes, viandes grillées devant vous —, un coin indien tous les jours, une section végane et un comptoir de glaces. Le matin des jours d'escale, il sature avant les départs d'excursions.
Le soir venu, le buffet ne ferme pas tout à fait. Au fond, un coin pizza, pâtes et salades reste ouvert jusque vers 1 h du matin. Sa qualité divise, mais il existe. Passé cette heure, il ne reste que le service aux cabines.
Trois restaurants de spécialité complètent l'offre. Le Tuscan Grille, au pont 3, cuisine italienne et grillades, recueille la majorité des éloges. Au Petit Chef, au pont 11, le repas suit une animation projetée sur la table. Sushi on Five, au pont 5, se commande à la carte et s'ouvre sur le bar à vin voisin : agréable ou bruyant, selon l'animation du soir.
Salons, bars et ponts
Le cœur du navire tient dans le Grand Foyer, un atrium rectangulaire sur trois ponts. Au pont 4, le Martini Bar et son comptoir qui se couvre de givre en soirée. Au même pont, le Rendez-Vous Lounge a troqué ses teintes sombres pour des tons clairs en 2024 ; la musique y commence avant le dîner.
Tout en haut, à l'avant du pont 11, s'ouvre le Constellation Lounge : grandes baies inclinées, une lumière naturelle généreuse, des fauteuils tout à l'avant qui se remplissent tôt les jours d'appareillage, et une vue plongeante sur l'héliport. Le soir, il devient la salle des quiz, des groupes et de la danse. On y monte par les ascenseurs avant, les seuls qui y mènent. Juste au-dessus, à l'avant du pont 12, une terrasse de chaises longues abritée du vent par des parois vitrées, accessible seulement par l'escalier et presque toujours déserte, regarde elle aussi droit devant. Les deux sont ouverts à tous. Sur le Celebrity Edge, la proue est largement réservée au Retreat et au spa ; ici, la vue droit devant ne demande aucune catégorie de cabine.
Enfin, tout en bas, la promenade extérieure du pont 4. Elle ne fait pas le tour complet du navire, mais longe ses deux flancs, au ras de l'eau, avec quelques chaises longues. C'est le coin calme à l'air libre de l'Infinity, presque toujours désert.
Un moment à bord
C'est la fin d'un jour de mer, et vous êtes sur la promenade du pont 4. La mer est là, à portée de main : pas un panorama lointain, comme depuis les ponts du haut, mais une eau qui file le long de la coque, assez proche pour qu'on en suive chaque ride, chaque trait d'écume.
Au-dessus de vous, un jour de mer, le pont piscine est très fréquenté. Ici, rien de tout ça. Quelques chaises longues, un peu plus nombreuses qu'un jour d'escale, et presque toutes libres. Un homme lit, son livre ouvert sur les genoux. Plus loin, un couple ne dit rien et n'en a pas besoin.
Vous prenez une chaise, face au large. Le soleil descend vers l'horizon, et la lumière change de minute en minute : l'eau passe du bleu au gris argenté, puis au cuivre. La promenade longe le flanc du navire sans en faire le tour ; au bout, elle s'arrête, et personne n'a l'air pressé d'y aller.
Vous comprenez pourquoi ce bout de pont a ses fidèles. Au-dessus, le navire dîne, se prépare, cherche une place au bar ; ici, vous avez un pont entier pour vous, et le soleil qui touche l'eau.
« Sur l'Infinity, rien n'a été conçu pour vous impressionner. Tout est là pour qu'on s'y installe. »
Selvague
AquaClass et Persian Garden
L'AquaClass est arrivée à bord en 2011. Elle ouvre les portes de Blu, le restaurant réservé à la catégorie, au petit-déjeuner et au dîner, ainsi que du Persian Garden, le circuit thermal du spa. En cabine : peignoirs, tapis de yoga, eau renouvelée chaque jour.
Le Persian Garden mérite qu'on sache à quoi s'attendre avant d'en acheter le forfait, quand on n'est ni en AquaClass ni en suite. Il est petit et sombre : bain turc, hammam aux herbes, salles chaudes, douches, et des banquettes carrelées chauffées — mais ni chaises longues chauffantes ni bassin, contrairement aux navires plus récents de la compagnie. Aucune fenêtre non plus : dans ce secteur du pont 10, la vue sur la mer, c'est la salle de sport qui l'a.
Suites et Retreat
Les suites ont reçu l'essentiel de l'attention des chantiers de 2015 et de 2024. Le Retreat leur ouvre le Retreat Lounge, l'ancien Michael's Club, et Luminae, le restaurant des suites, agrandi en 2024. Pas de terrasse privée, en revanche : c'est précisément ce que la Revolution devait ajouter.
Les Sunset Suites sont nées en janvier 2024, à l'arrière, de la conversion d'anciennes cabines familiales ; le Constellation a reçu les mêmes la même année. Elles vont par deux à chaque coin arrière, et c'est là que se pose la vraie question : la suite d'angle, ou sa voisine ? L'angle offre le plus grand balcon et une vue qui s'ouvre sur le côté, mais un garde-corps en métal plein, qui masque la mer quand on est assis, et aucun abri. La voisine a un balcon plus petit, un garde-corps vitré et un auvent de toile qui protège du soleil comme des regards. L'une donne la surface et la vue, l'autre l'ombre et l'intimité : aucune n'est la bonne réponse pour tout le monde.
Fiabilité : ce qui s'est passé en 2025 et 2026
En juillet 2025, une panne s'est produite alors que le navire était à quai à Kuşadası, en Turquie. Il est resté immobilisé plusieurs jours ; les escales suivantes ont été annulées et il a regagné Athènes, où le débarquement était prévu. Celebrity a parlé d'un problème technique.
En janvier 2026, l'Infinity a passé neuf jours en cale sèche à Marseille pour des travaux de maintenance et des travaux réglementaires.
Le 15 février 2026, dans la nuit, le navire a subi une perte totale de courant à l'approche du Pirée, au terme d'un repositionnement depuis Barcelone. Il a été remorqué jusqu'au quai et la croisière s'est terminée un jour plus tôt. La croisière suivante, prévue le 16 février, a été annulée ; les réparations ont été faites à quai et le navire a repris son programme le 27 février.
L'Infinity est programmé en Europe jusqu'au début de 2029.
Repères pratiques
Tout se passe en anglais à bord, y compris les annonces et les consignes de sécurité. À savoir si l'anglais n'est pas votre langue de confort.
Il n'y a pas de laverie en libre-service : seul le service de blanchisserie du bord lave votre linge. Faites votre valise en conséquence.
Les ascenseurs du milieu du navire sont tous du côté bâbord, vitrés sur la mer. Depuis une cabine tribord, au centre, il faut traverser le navire pour les rejoindre.
Au Pirée, Celebrity propose une formule officielle, payante et à réserver, « Extend Your Stay », pour rester à bord jusqu'en début d'après-midi le jour du débarquement — pratique avant un vol du soir.
Ce navire et vous
- Vous préférez un navire à taille humaine, calme, où l'on trouve un siège sans chercher.
- Vous visez les îles grecques et la Turquie au départ du Pirée.
- Vous aimez les salons classiques, une promenade extérieure et une vue droit devant ouverte à tous.
- La table de la salle principale compte plus pour vous que les attractions.
- Vous êtes à l'aise en anglais.
- Vous tenez à une cabine moderne : prises au chevet, ports USB, films à la demande.
- Vous cherchez le Retreat et les espaces des navires les plus récents de la compagnie.
- Vous comptez sur un circuit thermal spacieux et lumineux.
- Vous voyagez avec des adolescents en quête de toboggans ou de sensations fortes.
- Les incidents techniques de 2025 et 2026 pèsent dans votre décision.
Les deux faces d'une même rose des vents.
Celebrity Infinity
-
Espaces & design 3,6/ 5
Points forts documentés : espaces publics refaits en 2024, beaucoup de place par passager, trois grands salons, Constellation Lounge lumineux, vue droit devant et promenade du pont 4 ouvertes à tous. Faiblesses structurelles : décor daté hors salons refaits, atrium jugé basique, pas de Retreat Sundeck, Persian Garden petit et aveugle, orientation parfois difficile.
-
Cabines & confort 3,4/ 5
Lacunes régulièrement signalées : aucun USB, aucune prise au chevet hors suites, téléviseur sans films à la demande, rideau de douche en balcon standard, salles de bain usées, lits fermes, réfrigérateur tiède, tiroirs capricieux. Contrepoids réels : surface, rangements, isolation phonique, suites rénovées en 2015 et 2024.
-
Gastronomie 4,1/ 5
Trellis très apprécié par des croisiéristes aguerris, buffet varié avec nombreux postes à la minute, Tuscan Grille majoritairement salué. Réserves précises et récurrentes : lenteur de certains dîners, carte répétitive sur les longues croisières, plats parfois pas assez chauds, coin tardif inégal.
-
Service 4,5/ 5
Convergence la plus forte du corpus : personnel attentif, bars très bien servis, équipes qui retiennent prénoms et habitudes. Faiblesses mineures : ventes jugées insistantes par une partie des témoins, un cas isolé de steward défaillant, réglé en cours de croisière.
-
Entretien 3,2/ 5
Propreté constante et entretien actif des espaces publics, largement documentés. Mais usure visible en cabine (salles de bain, carrelage, joints), rouille et teck taché par endroits, et deux défaillances techniques majeures en sept mois (juillet 2025, février 2026), sans cause communiquée par la compagnie.
-
Vie à bord 3,8/ 5
Ambiance calme et conviviale, musique live dans la plupart des salons, quiz, silent disco, théâtre confortable, artistes invités souvent appréciés. Faiblesses : spectacles de la troupe jugés inégaux et costumes datés, tout en anglais, programmation plus tranquille que sur les navires récents.
L'Infinity ne gagnera aucun concours de modernité, et il ne cherche pas à le faire. Il gagne ailleurs : un service attentif et constant, une cuisine de salle principale qui a ses fidèles, des espaces où l'on respire. Ses faiblesses sont connues — des cabines d'un autre temps, deux incidents techniques récents —, et c'est en les connaissant qu'on le choisit bien.
Informations fournies à titre indicatif, établies à partir de témoignages de passagers et de sources officielles jusqu'en septembre 2026. Aménagements, horaires et services peuvent changer : vérifiez auprès de Celebrity Cruises avant de réserver.