En octobre 2000, l'Explorer of the Seas prend la mer, et aucun paquebot au monde n'est plus grand que lui. Cinq dates suffisent ensuite à le comprendre. 2000 : la mise en service, record du monde à la clé, et un laboratoire de recherche océanographique et atmosphérique installé à bord avec l'Université de Miami et la NOAA. 2008 : le laboratoire ferme, après plus de 80 000 visiteurs ; il n'en reste rien à voir aujourd'hui. 2015 : une refonte lui ajoute une catégorie de cabines entièrement vitrées. 2020 : l'amplification, ce grand chantier qui a rajeuni le Voyager, le Navigator et le Mariner, est reportée indéfiniment — l'Explorer est l'un des deux Voyager encore en attente, et le plus ancien des deux. Automne 2025 : une cale sèche d'entretien change la moquette, les lits et la peinture des balcons — mais pas les cabines.

Toute la suite découle de cette ligne. Un navire qu'on a entretenu sans jamais le réinventer, dépassé en taille depuis longtemps, et qui garde pourtant une disposition que ses habitués jugent excellente : on le traverse sans passer ses vacances à marcher. Ses itinéraires le mènent l'été au départ de Ravenne, vers la Croatie et la Grèce, et l'hiver au départ de Port Canaveral, des Bahamas aux Caraïbes du Sud.

Cet article ne le défend pas et ne l'accable pas. Il vous aide à décider s'il vous convient.

Les cabines : ce que l'an 2000 a laissé

C'est en cabine que l'âge se lit le plus franchement. Les catégories standard n'ont été ni repensées ni refaites : mobilier d'origine, douches étroites, salles de bain de l'an 2000. La cale sèche de 2025 n'a pas touché à cela — literie, moquette et peinture, rien de plus. Les matelas durs, longtemps le premier grief du navire, ont au moins disparu avec les lits neufs. L'odeur de renfermé qui accueille parfois à la première ouverture de la porte tient à la ventilation et aux cloisons d'origine, comme sur tous les navires de cette génération : elle se dissipe en une ou deux minutes.

Sur l'état général à la sortie du chantier, les rapports se contredisent franchement, et sur les mêmes semaines : pannes et finitions bâclées d'un côté, navire impeccable et balcons fraîchement repeints de l'autre. Selvague ne tranche pas, parce qu'il n'y a rien à trancher : l'Explorer est ressorti de cale sèche en ordre inégal, et c'est un risque à connaître avant d'embarquer.

Une exception existe au pont 12. La catégorie des cabines panoramiques, sans balcon mais vitrées du sol au plafond, date de la refonte de 2015 : quinze ans de moins que le reste du navire, une décoration qui le montre, et la mer dans le champ de vision depuis le lit. C'est la réponse la plus simple au reproche fait aux cabines de l'Explorer.

Pour qui choisit un balcon, un détail de construction pèse plus lourd que la catégorie.

Prises et Wi-Fi : les limites d'une coque de 2000

Dans les cabines standard comme dans les junior suites, il n'y a ni prise ni port USB au chevet : tout est regroupé au bureau ou à la coiffeuse. Avant de glisser une solution dans votre valise, lisez la règle des chargeurs de Royal Caribbean, stricte et valable sur toute la flotte — nous la détaillons dans notre article sur le Mariner of the Seas.

Le Wi-Fi est la vraie faiblesse du navire, et elle s'explique. L'Explorer reçoit Starlink comme les autres, mais le signal doit ensuite traverser un réseau intérieur conçu en 2000, dans une coque faite de métal : cloisons, planchers, plafonds, portes. Les normes récentes franchissent mal ces obstacles, et refaire ce réseau supposerait de défaire le navire. Certains jours, la connexion passe très bien. Sur la durée d'une croisière, ne comptez pas dessus pour travailler.

À table

La salle à manger principale, sur trois niveaux, porte le navire : service rapide, cuisine constante, personnel qui retient vite les habitudes de chacun. Le Windjammer, le buffet du pont 11, est le point faible, et il l'est pour une raison simple : il manque de places. Le jour de l'embarquement, il touche le fond — bondé, chaud, choix réduit. Les habitués y échappent en déjeunant ce jour-là au Chops Grille, la grilladerie à supplément, ouverte le midi.

Les autres jours, le buffet a une soupape que rien ne signale.

Une note pour les allergies alimentaires : au buffet, l'étiquetage est lacunaire et ne doit pas servir de garantie. Le dispositif fiable est en salle à manger. Présentez-vous au maître d'hôtel dès le premier repas, puis choisissez chaque soir sur la carte du lendemain. La compagnie précise elle-même qu'elle ne garantit aucun environnement sans allergène.

En début de soirée, un jour de mer, vous descendez au pont 4. Le Schooner Bar s'ouvre face à Giovanni's Table, à quelques pas de la sortie du casino, et vous le sentez avant de le voir. D'abord, en passant l'entrée, une trace de fumée venue de la salle de jeu voisine, qu'aucune porte ne retient. Puis, plus loin dans la salle, une autre odeur, plus inattendue : celle des cordages du décor, traités au goudron comme sur un vrai gréement. Le bar porte le nom d'une goélette, et il n'a pas oublié la mer.

Au comptoir, les commandes arrivent par vagues. Quand le bar du casino déborde, c'est ici qu'on se replie, et il faut parfois patienter avant d'être servi. Vous trouvez une place près du piano.

Le pianiste joue par séries d'une demi-heure environ, puis s'interrompt. Pendant les pauses, la salle change de ton. On entend les glaçons, les conversations qui baissent d'un cran, un rire à l'autre bout. À la table voisine, quelqu'un lit sans lever les yeux. Deux hommes jouent aux cartes, sans se presser. Un couple hésite entre deux spectacles du soir.

Puis le piano reprend, et la salle se remplit encore un peu. Bientôt, les premiers convives partiront pour la salle à manger. Pour l'instant, personne n'a envie de se lever.

La fumée : savoir où elle va

L'Explorer ne compte que trois zones fumeurs, toutes du côté bâbord, à gauche quand on regarde vers l'avant : la promenade extérieure du pont 4, un coin du pont 11 et la section fumeurs du casino, à l'intérieur de ce même pont 4. C'est cette dernière qui pose problème. Le casino n'a aucune porte pour le fermer, et son odeur déborde jusqu'au Schooner Bar voisin. Ce n'est pas un mauvais jour : c'est constant depuis des années, et cela suffit à rendre le passage impraticable pour qui supporte mal la fumée. Pour aller d'un bout à l'autre du navire sans le traverser, passez par la Royal Promenade, un pont plus haut.

Quand le vent vide le pont piscine

Les jours de mer sans vent, le pont piscine du pont 11 est plein. La faute n'en revient pas aux chaises réservées : il manque tout simplement de place. Mais sa fréquentation obéit d'abord à la météo. Qu'un vent frais se lève, et le même pont se vide d'un jour à l'autre. Le solarium, lui, est à ciel ouvert : sur ce navire, il n'offre aucun abri. Il reste un endroit chaud où se réfugier, rien de plus.

Le soir

La vie du soir se concentre sur la Royal Promenade, où les fêtes dansantes rassemblent tout le navire faute d'autres lieux où se disperser, et au Palace Theatre pour les productions. Le service du dîner à heure fixe a ici un vrai avantage : toute la programmation du soir est calée sur ses deux créneaux, ce qui permet d'enchaîner repas et spectacles.

Au Studio B, la patinoire du navire, le spectacle sur glace est la valeur sûre de la soirée — il tient encore quand les autres productions déçoivent. Aucune réservation n'est requise, mais des poteaux gênent la vue : arriver tôt, c'est choisir sa place. Ce plateau a aussi une histoire. Pendant des années, c'est à bord de l'Explorer qu'a tourné le premier spectacle sur glace consacré aux saisons, bien avant celui que le Wonder of the Seas a créé sur le même thème.

En famille

Un point de décision pour les familles avec de jeunes enfants : l'Explorer n'a pas de parc aquatique pour enfants, contrairement à ses sœurs de classe amplifiées, qui en ont reçu un lors de leur refonte. L'aire extérieure jeunesse du pont 12 existe bel et bien, mais c'est un espace de jeux et de ping-pong.

Enchaîner deux croisières

La journée de transition d'un dos-à-dos a ses règles.

  • Le rendez-vous du matin. Les passagers qui restent à bord se retrouvent en un point de rendez-vous et y reçoivent leur nouvelle carte de bord. Un membre d'équipage escorte ensuite le groupe par une file séparée à la douane. Gardez votre carte en main jusqu'au retour à bord.
  • Un navire vide. Le navire est alors presque désert et presque tout est fermé. Un déjeuner est servi en salle à manger aux passagers qui enchaînent.
  • Le dossier. Dès la remontée à bord, composez le zéro et faites vérifier que votre carte de crédit et votre passeport ont bien suivi d'un dossier à l'autre. Sinon, le problème ressort au contrôle de sortie de la seconde croisière, quand il n'y a plus le temps de le régler.
  • La clé. Si vous changez de cabine, la nouvelle clé peut n'arriver que tard le soir ; passez à l'accueil pour pouvoir entrer.
  • Le vin. L'allocation vaut pour chaque croisière, ce qui autorise à monter celle des deux d'un coup — une partie enregistrée avec les bagages.
  • La salle à manger. Demandez à garder la même équipe de salle à manger d'une croisière à l'autre.

« L'Explorer ne se choisit pas pour sa modernité. Il se choisit pour sa disposition, ses itinéraires, et ce qu'on sait en tirer. »

Selvague
Profil voyageur · Selvague

Ce navire et vous

Pour vous si

Voyageurs qui choisissent d'abord l'itinéraire, habitués d'un navire à taille humaine, voyageurs seuls.

  • Vous choisissez d'abord l'itinéraire : Adriatique et îles grecques l'été, Bahamas et Caraïbes l'hiver.
  • Vous aimez un navire qu'on parcourt facilement, sans quartiers à traverser.
  • Vous voyagez seul : un rendez-vous quotidien des voyageurs solos existe au pub, mais personne ne l'anime — il faut y aller de soi-même. La salle à manger place aussi les solos ensemble sur simple demande.
  • Vous naviguez en Méditerranée : le pont piscine et les activités y sont nettement moins courus qu'aux Caraïbes.
Peut-être pas si

Vous attendez du neuf, une connexion fiable ou de l'eau pour les petits.

  • Vous voulez des cabines modernes et bien équipées en prises.
  • Vous devez travailler en ligne pendant la croisière.
  • Vous voyagez avec de jeunes enfants qui comptent sur l'eau.
  • Vous avez déjà navigué sur des navires récents et en avez fait votre référence.

Les deux faces d'une même rose des vents.

Score Selvague

Explorer of the Seas

  • Espaces & design 3,8/ 5

    Disposition limpide, navire facile à parcourir, vrais bois et verre, fenêtres basses qui laissent voir la mer. En contrepartie : espaces publics datés, pont piscine trop petit les jours de mer, fumée du casino qui déborde.

  • Cabines & confort 3,2/ 5

    Cabines standard non refaites, aucune prise au chevet, douches étroites. Les lits changés en 2025 et la catégorie panoramique de 2015 relèvent la note.

  • Gastronomie 3,6/ 5

    Salle à manger constante et bien servie. En face : un Windjammer saturé, au plus bas le jour de l'embarquement, et un étiquetage des allergènes lacunaire.

  • Service 3,5/ 5

    Personnel de cabine et de salle à manger attentif, embarquement fluide. Le service au pont piscine, lui, manque à l'appel.

  • Entretien 3,3/ 5

    Sortie de cale sèche inégale, usure visible sur les transats, quelques odeurs de vétusté. Balcons repeints, et navire en meilleur état que d'autres de sa génération.

  • Vie à bord 3,9/ 5

    Spectacle sur glace solide, Promenade vivante le soir, programmation dense. En face : aucune offre ajoutée par une amplification, et pas de parc aquatique pour enfants.

L'Explorer ne se rattrape pas sur le neuf, il se rattrape sur la mer. Il se parcourt vite, il va là où les géants ne vont pas, et ce qu'il a d'unique — une catégorie de cabines vitrées, un bain chaud à l'abri, une porte qui s'ouvre quand le buffet déborde — se mérite en le connaissant. Qui vient y chercher une cabine moderne et une connexion fiable se trompera de navire.

Informations fournies à titre indicatif, distillées et vérifiées à partir de multiples sources ; l'offre à bord peut évoluer.